Chroniques Satiriques

Il Suffirait de presque rien…

Comme une envolée de moineaux attirés par une poignée de miettes amoureusement semées par une vieille dame, un fleuve d’âmes s’engouffre dans la vie. L’humanité va et vient, se précipite, se bouscule, s’ignore et s’indiffère, toujours persuadée de sa légitimité comportementale. Hélas, combien, aujourd’hui encore, de regards se seront rencontrés, combien de sourires complices d’un instant se seront échangés, combien d’actes gratuits se seront offerts, combien d’amitiés simples et spontanées se seront nouées au sein des nombreux microcosmes humains. Regardez un instant seulement les visages d’une foule qui se presse et s’oppresse durant l’une de ces nombreuses migrations journalières. Si la vie est un écrin, les perles humaines qu’il renferme perdent de leur éclat. Terni par l’habitude et plongé dans la solitude, l’homme parcourt la vie, le regard braqué sur l’univers de ses soucis quotidiens, l’esprit emmuré dans ses convictions, ses croyances, ses a priori et sa fausse pudeur. D’essence orgueilleuse est la nature de ce qui le contraint à croire que faiblesse et fragilité sont des tares qu’il faut impérativement cacher sous peine d’être jugé. L’amour et l’amitié sont choses des plus simples qu’un banal regard vers le monde extérieur attend d’enflammer.

———————

Pique-nique…

Nombreux sont les citadins, écologistes du dimanche, qui parcourent bois et fourrés à la conquête d’un territoire imaginaire et fantastique, à la recherche d’un coin pique-nique sauvage et isolé du monde. Couvrant les chuchotements asthmatiques d’une nature sur polluée, les charmants bambins s’égaillent bruyamment. L’époux, princier, réduit, taille et émascule la nature de son tranchant cimeterre made in Taiwan tandis que sa compagne peste, gémit et s’écroule sous le poids de la glacière. L’expédition se fige enfin pour se répandre sur l’épais tapis naturel. L’abondant festin est déballé puis cérémonieusement savouré. D’invectives sulfureuses en blagues de comptoirs et de cris en éclats de rire, le temps passe et l’heure du départ s’annonce. Dans une effervescence indescriptible, le groupe se rassemble et prend le chemin du retour. Tout semble s’inscrire dans une certaine normalité excepté l’état des lieux. Entre les divers emballages avidement égorgés, baillant leur vide et transpirant leur dernière larme de graisse et les déchets de toutes catégories lâchement torturés, lapidés puis abandonnés sur place, le désordre bat son plein. Trop d’irrespect de la nature ne peut conduire celle-ci qu’à sa mort. Participer inconsciemment au désordre et à la débauche n’interdit pas d’être ponctuellement, dans de courts instants de conscience, un militant honnête et convaincu des grandes causes ! Cela dit, seule la conscience permanente des répercussions que chacun de nos actes peut engendrer, apportera l’équilibre.

———————

Le Retard…

Il est six heures du matin et le réveil sonne dans de très nombreuses chaumières, chagrins. Certaines d’entre elles se rendorment parfois pour se réveiller en sursaut trois quart d’heures plus tard. A partir de cet instant la vie bascule dans l’horreur et le cauchemar. Le retard, la bête noire d’une grande partie de l’humanité, devient l’instigateur et le responsable d’un immense désordre comportemental. Tout est alors permis, sous prétexte de retard. Les sentiments nobles, le respect d’autrui, les vraies valeurs et la conscience disparaissent sous le poids des hypothétiques répercussions engendrées par le retard. On se vautre dans l’angoisse, dans la peur de la punition, dans la précipitation et plus personne n’existe à ses yeux. A t-on déjà vu un moribond courant après son corbillard en maugréant et en prétextant un quelconque retard ? Alors pourquoi bousculer, maudire, agresser et vouer aux pires gémonies tous ceux qui se trouvent sur le chemin de nos égarements ? Si le temps nous affole ainsi ne serait-ce pas le fruit d’une mauvaise gestion et d’une incompréhension ? Dans la situation présente il n’y a que deux solutions : soit se lever à l’heure, soit assumer ses responsabilités.

———————

Soyons Vigilants…

N’avez vous jamais assisté au spectacle de la vie, attablé à la terrasse d’un café ? Les passants glissent comme des fantômes dans les rues pendant que des milliers de résidences secondaires que sont les voitures déversent leur flot ininterrompu de propriétaires fiers et satisfaits. Tout à coup, le temps se fige sur une série de coups de Klaxon. Les regards convergent à l’unisson vers deux somptueuses limousines rutilantes, toutes deux intéressées par le même espace vital de stationnement. Nos beautés technologiques n’osant pas s’affronter au risque d’y perdre et la beauté et quelques bonus d’assurances vomissent leur représentants respectifs que sont nos heureux propriétaires. Un quadragénaire au demeurant respectable et bien mis fait face à un quinquagénaire également respectable et bien mis. C’est là que tout se gâte car les protagonistes n’utilisent plus le langage du grand Robert mais plutôt celui d’endroits que l’on ne citera pas ici. Parfois, voire souvent, non satisfaits d’en rester là, ils vont jusqu’à se prouver leur mutuelle virilité. Tout cela est-il bien sérieux ? Pourtant chacun peut être soumis un jour d’énervement à ce type de comportement spontané, inutile, aux répercussions parfois dramatiques et qu’un sourire aurait suffit à éviter. Le simple fait de s’interroger et de se remettre en question est déjà un grand chemin parcouru vers la sagesse et le bonheur alors soyons vigilants.

———————

La Bête a bon dos…

Jamais notre théâtre de la vie ne s’endort. A l’heure ou presque tous les réverbères s’éteignent et que les corps s’étreignent, sournoisement se préparent les drames du lendemain. La sexualité, sujet tabou et responsable des mille et une turpitudes de l’homme, se cache dans le noir et fuit dans le sommeil pour se nourrir de rêves. C’est au petit matin que l’on compte les victimes de l’amour. Il y a ceux, peu nombreux, que le manque n’a pas flétris, ceux que l’acte a épanouis et enfin ceux que la « chose » ou la non « chose » rend aigris, amers et irascibles. Non satisfait de ne pas s’assumer, l’inassouvi régurgite une bile haineuse sur l’existence tout entière et engendre un désordre aussi grand que son primaire désarroi. Si la subtilité de l’amour en fait une denrée rare des plus succulente, de la sexualité l’on peut dire que nul n’a jamais vu met plus volatil créer autant d’indigestions. Plutôt que de chercher la solution à la lumière d’une explication logique et prendre la décision qui s’impose, on préfère laisser à l’inconscient le soin de se débrouiller avec la bête. Qui peut prétendre ne jamais avoir été victime ou coupable une fois dans sa vie des réactions qu’attise ce déséquilibre ? Sur l’océan des sens tous ne naviguent pas à égale conscience et pendant que l’hypocrisie sourit, la souffrance sévit.

Laisser un commentaire